Le château de Troussay du 15ème au 19ème siècle

C’est avec la pose de sa première pierre, vers 1450 que débute l’histoire de Troussay. En 1545, un acte mentionne le nom du premier propriétaire : Robert de Bugy; plus tard dénommé «Seigneur de Troussay». En 1578 il est échevin de la ville de Blois, et sa famille est anoblie, ses descendants deviennent titulaires des charges de «contrôleurs des greniers à sel de Blois», «collecteurs d’impôts», «conseillers» et «écuyers du roi», ils s’attacheront à étendre et embellir le domaine de Troussay.

En 1732, il est vendu à une famille de notables Blésois, les Pelluys, apparentés à Colbert. Leur fille, la belle Gabrielle Pelluys, épouse en 1741 le chevalier Christophe de Réméon, descendant de Claude de Réméon, compagnon d’ Henry IV. La dot qu’elle apporte est constituée des terres de Troussay, à l’époque il s’agit de plus de 700 hectares allant de Contres à Cheverny et constituant presque toute la Sologne viticole d’aujourd’hui!Leur quatrième enfant, Christophe de Réméon, épouse en 1787, Marie de la Saussaye. Le mariage ne donnant pas d’enfants, ils adoptent leur propre neveu : Louis de la Saussaye (1801-1878) qui héritera de Troussay en 1828.

L’œuvre de Louis de La Saussaye

Historien des châteaux de la Loire et spécialiste de la Sologne, Louis de La Saussaye est nommé recteur des académies de Lyon et Poitiers, membre de l’Institut. Comme son ami Prosper Mérimée (Premier Inspecteur des monuments historiques en 1834), il est précurseur en matière de conservation du patrimoine.

Durant 50 ans, il remet en état le domaine; récupérant de nombreux éléments de décors issus de prestigieux monuments du Val de Loire laissés en ruine, qu’il replace à Troussay. Cette œuvre de sauvetage, menée avec goût, est réalisée avec son ami Jules de la Morandière, élève de Félix Duban et architecte des châteaux de la Loire. En hommage à cette collaboration, un marmouset sur la tourelle de la façade nord déroule une banderole qui dit en latin: «Unis par l’amitié, Louis de La Saussaye a conçu et Jules de La Morandière a réalisé».

En 1900, le château de Troussay est vendu une seconde fois par les héritiers de Louis de La Saussaye, au Comte Delamarre de Monchaux, savant naturaliste, dont l’épouse, Isore Hurault de Vibraye, était née au château de Cheverny…

Aujourd’hui c’est son arrière petite fille, Isaure, qui en est propriétaire, succédant à Stanislas, son père.

Une folie artistique

En évitant les erreurs de conception, fréquentes à son époque, Louis de la Saussaye donne à l’ancien manoir, l’allure d’un château.

Par le raffinement architectural et l’élaboration de ses tours, son oratoire, ses précieux matériaux et la qualité des éléments de décors anciens qu’ il y installe, il transforme le château solognot renaissance de Troussay en une véritable petite « folie » artistique. Troussay est aujourd’hui reconnu par les différentes routes touristiques, et par ses visiteurs, comme le plus petit des châteaux de la Loire.

Une mosaïque de décors anciens :

Sculptures sur pierre, ornementation des façades, cheminées, portes et fenêtres en bois finement sculpté, plafonds peints (dont un attribué à Jean Mosnier), vitraux polychromes, plaques de cheminées et clés anciennes, carrelage Louis XII et mobilier d’art sur cinq siècles, peuvent être admirés à Troussay.

Une telle variété d’éléments intégrés à l’architecture, alliée à la richesse du mobilier, et la complexité, sont rarement réunis dans un espace à taille humaine.

Le parc « vieille France »

Dès son arrivée, Louis de La Saussaye concentra ses efforts sur le parc qui fera, comme le potager, l’objet d’un important travail de conception.

Création et plantation d’un parc à l’anglaise, aux essences variées, chênes, cèdres bleus, cèdres du Liban et de Virginie, séquoias d’Amérique, Thuyera California ; devenu refuge des animaux sauvages de Sologne, cerfs et biches, chevreuils, lapins, chats huants et buses….

Le parc est une véritable mini réserve pour les animaux immigrés de Cheverny et de la forêt de Russy qui jouxte le parc de Chambord.

Au nord subsistent du jardin à la française et du potager du 18ème siècle, deux petits pavillons qui servaient à ranger les outils des jardiniers, aujourd’hui aménagés en petit musée de poupées anciennes. Louis de La Saussaye crée également un nouveau potager, à l’est du château, dans les parties privées, où l’on trouve de nombreux arbres fruitiers pommiers, poiriers, pruniers, abricotiers… Subsiste aussi une serre en verre d’origine et une haie de buis presque centenaires.